L'initiative Empreinte Carbone d'UCB Farchim SA


De juin à décembre 2010, Le climat entre nos mains a servi de base à l'Initiative Empreinte Carbone de l'entreprise UCB Farchim SA, à Bulle, dans le canton de Fribourg, en Suisse. Récit d'une initiative innovante et réussie qui a permis à une majorité des employés de prendre conscience de leur impact sur le climat et de faire évoluer leur manière de vivre et de travailler au quotidien.

 

Le climat entre nos mains, stimulateur d'innovation en entreprise

UCB Farchim SA est un des sites de production du groupe pharmaceutique UCB. L'activité principale y est la fabrication de comprimés qui interviennent dans la thérapie de maladies graves telles que des atteintes du système nerveux central, par exemple l'épilepsie. Depuis 2010, la direction définit chaque année trois « objectifs site ».

 

Contrairement aux objectifs spécifiques à chaque département, les objectifs site définissent un intérêt commun aux 215 employés quelle que soit leur fonction, leur hiérarchie ou leur service. Et lorsqu'un objectif site est atteint, l'ensemble des salariés reçoit une demi-journée de congés supplémentaire, ou, inversement, personne.

 

Autre contrainte forte : l'objectif exige un haut niveau d'engagement et d'implication personnelle des salariés. En d'autres termes, le congé supplémentaire se mérite, la contribution individuelle est indispensable et la récompense collective.

 

Après la sécurité en 2009, l'environnement a été choisi comme une priorité par la direction en 2010. Commence alors le défi de David Morin, manager HSE (Hygiène, Sécurité, Environnement) du site UCB à Bulle, qui reçoit le mandat de proposer un « Objectif Environnement site 2010 ».

 

L'idée de travailler sur les comportements économes en énergie au travail, a priori plus approprié dans le cadre de l'entreprise, ne répond pas au critère fondamental : impliquer de manière significative chaque employé. Car les impacts environnementaux importants (en particulier, consommation d'énergie et déchets spéciaux) sont concentrés dans les chaînes de production, et excluent de fait plus de 70% des employés du site, dont la marge de manœuvre est moindre.

 

David Morin pense alors à l'empreinte carbone personnelle et, après évaluation des outils existants, choisit Le climat entre nos mains. Selon lui, cette approche peut concerner tout le monde et permet de développer une culture environnementale dans sa vie privée qui a nécessairement des répercussions au travail.

 

Pour illustrer son propos, il fait le parallèle avec les accidents. Dans ce domaine, les entreprises travaillent beaucoup à la prévention et l'expérience montre que les personnes sensibilisées aux accidents professionnels sont aussi sensibilisées aux accidents domestiques.

 

C'est pour lui le même principe qu'avec Le climat entre nos mains, mais en sens inverse : les collaborateurs sensibilisés dans leur quotidien privé adapteront en conséquence leur comportement individuel à leur place de travail. Convaincu et enthousiaste, il conçoit une campagne en trois étapes successives - le calcul, l'engagement et l'auto-évaluation des performances - sur un calendrier de six mois, et fixe des objectifs intermédiaires stricts pour remplir les conditions requises d'un objectif site.

 

Les trois étapes

Premier objectif : 80% des employés doivent compléter leur bilan d'émission de gaz à effet de serre sur Le climat entre nos mains. C'est une barre difficile à atteindre, notamment le risque de refus de participation pour des raisons de limite entre vie privée et vie professionnelle est réel. Par anticipation, David Morin organise des séances de lancement d'une heure dans chaque département de l'entreprise.

 

Bien sûr, la question revient : « Pourquoi UCB nous interroge-t-elle sur nos habitudes privées ? » Tous comprennent qu'ils sont là pour augmenter les performances de l'entreprise et ne voient pas le lien avec l'Initiative Empreinte Carbone. A chaque fois, il explique avec la même conviction le postulat de départ, l'intérêt de l'opération, répond à toutes les interrogations et rassure sur la confidentialité des données.

 

Le résultat est payant : 176 employés d'UCB, soit 82 %, calculent leur empreinte carbone dans le délai de deux mois impartis. David Morin avoue : « Les derniers trois ou quatre pourcents, j'ai dû aller les chercher un par un. J'aurais été tellement déçu que les efforts de la majorité soient perdus pour quelques calculs manquants. »

 

Deuxième objectif : 48 % des employés doivent s'engager à modifier leurs pratiques quotidiennes en s'engageant sur au moins une des dix-huit actions prioritaires sélectionnées par Le climat entre nos mains. Ces actions doivent être réalisées au cours des quatre mois restants de la campagne.

 

Le succès dépasse les prévisions : 75 %, soit 162 personnes, s'engagent à agir, soit la quasi-totalité des personnes qui ont calculé leur empreinte carbone (92 %). L'initiative d'UCB a clairement fixé un cadre incitatif à l'action. En comparaison, dans le contexte général du climat entre nos mains, en moyenne 60 % des personnes qui calculent leur bilan d'émissions s'engagent ensuite à agir.

 

Troisième objectif : 40 % des employés doivent respecter leur engagement. L'auto-évaluation a été choisie pour mesurer cet objectif. Pour cela, à la fin de la campagne, les employés doivent répondre, entre autres, à la question « Comment estimez-vous avoir respecté votre (vos) engagement(s) de réduction de votre empreinte carbone ? » Résultat : 69 % affirment avoir tenu leur engagement. Les trois étapes successives de l'Initiative Empreinte Carbone sont ainsi largement atteintes et l'objectif Environnement site 2010 rempli avec succès.

 

Les employés ont joué le jeu, et cela a changé les choses

Même si plusieurs regrettent le manque d'actions spécifiques sur le lieu de travail, près de 70 % des employés déclarent avoir apprécié l'initiative qui leur a permis de prendre conscience de leur impact sur le climat. La moitié affirme avoir changé de comportement chez eux, un quart avoir aussi changé de comportement au travail.

 

Voici quelques témoignages sur des actions réalisées pendant l'initiative : « Concrètement, j'ai testé la conduite écologique et j'ai remarqué que la consommation de carburant de ma voiture a baissé d'environ 10 %. » « J'ai annulé mes vacances en avion et je suis parti vers une destination européenne en train. Le reste de mon bilan est resté inchangé, ce qui signifie que j'ai réduit mon bilan d'environ 52 % sur la période de l'initiative. » « Cela m'a permis de réduire ma consommation de chauffage pour passer de 19,5°C à 18°C. »

 

Et aussi : « L'impact CO2 lié à la consommation (produits alimentaires) m'a sidéré. C'est une des raisons de ma reprise en main alimentaire et poids. » « Cela m'aide à en parler autour de moi. » Parmi les manières de faire restées ancrées après l'initiative, on retrouve plusieurs mentions liées à une plus faible consommation de viande, au choix de fruits et légumes régionaux et à la conduite écologique.

 

L'impact de l'initiative au sein de l'entreprise est palpable, mais difficile à mesurer. C'est notamment en termes de réflexion et de propositions que les résultats sont visibles. Beaucoup ont été formulées suite à l'opération, notamment pour réduire l'impact de certaines procédures techniques au sein des chaînes de production. Il n'est pas toujours facile d'y répondre et cela peut générer de la frustration au regard des attentes créées.

 

Selon David Morin, cependant, en expliquant les contraintes, surtout si l'entreprise reste cohérente, les gens comprennent mieux les processus rigoureux utilisés sur le site, et saisissent mieux la complexité du problème. Ce qui est un retour pertinent pour l'entreprise.

 

Coût et support du projet

En-dehors du coût lié au demi-jour de congé supplémentaire, le coût de l'initiative pour UCB se chiffre essentiellement en temps de travail du manager HSE. David Morin estime avoir utilisé 50 heures de travail réparties entre la conception (choix de l'outil, définition des étapes et objectifs : 10 heures) et la mise en place du projet (communication auprès des employés, suivi et analyse des résultats, réponse aux questions, synthèse et présentation à la direction : 40 heures).

 

L'équipe du Climat entre nos mains a été associé au projet dès sa conception et a apporté son aide et son expertise de la plate-forme. Lors du lancement de la campagne, sa chargée de projet a animé un atelier pour former les employés. La présence était volontaire, mais incluse pendant les heures de bureau.

 

Une suite positive : la semaine du vélo électrique en juin 2011

L'empreinte carbone des employés d'UCB à Bulle montre que le principal poste d'émissions des employés est la mobilité privée. Cela s'explique notamment par le fait que les transports publics ne desservent pas ce site. Les transports pendulaires de la quasi-totalité des va-et-vient se font en voiture.

 

Le problème, connu, est discuté depuis de nombreuses années, notamment entre les directions d'entreprises présentes sur le parc industriel où se trouve UCB (2000 postes de travail sur l'ensemble du parc), la commune et les transports publics locaux. L'initiative 2010 apporte cependant des éléments factuels qui aideront UCB et ces autres entreprises dans leurs discussions avec la commune et les responsables des transports publics.

 

Elle a aussi permis un regain d'intérêt, une émulation pour la question de la mobilité privée parmi les employés. Ainsi, Hervé Peiry et Jeff Currat, deux opérateurs chimiques d'UCB, ont proposé une campagne de sensibilisation sur la mobilité électrique. Environ 40 % des employés habitent dans un rayon de 5 km autour du site. Là où le vélo simple peut en rebuter plus d'un, le vélo électrique a de sérieux atouts pour gagner des fidèles sur une telle distance.

 

D'où l'idée de campagne d'information mise sur pied avec une équipe de cinq volontaires. Pendant une semaine, en juin 2011, UCB a loué et mis à disposition des employés douze vélos et a incité à les tester sur les trajets domicile-travail. Un scooter et une voiture électriques ont également été mis à disposition.

 

Résultat positif : malgré une météo pluvieuse, 41 personnes (18 % des effectifs du site) ont découvert et testé la mobilité électrique durant cette semaine. Et la large majorité a déclaré « Oui, peut-être » ou « Oui, à l'avenir » acheter un vélo électrique. Depuis, UCB a augmenté d'une vingtaine le nombre de places de parcs à vélo sur le site.

 

Et si c'était à refaire

Enthousiasmant et enthousiaste, David Morin l'a été depuis la conception jusqu'au dernier jour du projet : « J'ai pris un réel plaisir a mené cette initiative et j'ai été très fier du chemin parcouru. Le retour des gens a été globalement positif. Cela a contribué à changer les choses à notre échelle et a développé la culture HSE du site. C'était tellement innovant comme initiative par rapport aux démarches classiques, telles que « Réduire la consommation de papier de 1% », que cela m'a fortement motivé. Et si c'était à refaire ? Oh, oui ! »

 

Quant à ses recommandations pour tous ceux qui voudraient mettre en place une telle démarche dans leur entreprise, elles sont de consacrer le plus de temps possible à la phase préalable d'explications, à la rencontre avec les employés et d'insister sur le fait qu'il ne s'agit pas de mauvaise curiosité de l'entreprise dans leur vie privée.

 

L'équipe du Climat entre nos mains se réjouit de cette initiative et de l'ingéniosité des personnes motivées qui, comme David Morin, met à profit la plate-forme Le climat entre nos mains dans leur contexte professionnel.